Nous vivons blottis au sein de nos cocons, qui nous protègent, nous isolent. Nous nourrissent aussi. Cocons flottant dans l’espace, à distance les uns des autres, en contact parfois, s’intriquant aussi.

Parfois.

Le déroulé de nos jours se déploie dans ces cocons. Dense. Construit. A déconstruire. Peut être.

Insuffisamment connectés, nous goûtons le Monde autour de nous de façon partielle. Comme les taches noires sur la robe d’une vache. A distance l’une de l’autre. Notre rapport à l’autre, notre rapport à nous-même, l’écho que fait battre la vie en nous, tout nous paraît, nous parvient, atténué, trié, prédigéré peut être, avant même que nous ayons eu la liberté de nous poser la question, d’aller à la rencontre de, bras et cœur ouverts.

La trame de ce cocon est dense. Il est notre ampoule de vie, notre tuteur. Notre carcan aussi. Mais il nous permet aussi, possiblement, de chenille devenir papillon, de nymphe naître libellule. Si l’occasion nous en est donnée, si nous le souhaitons. Il nous ouvre le chemin de cette potentialité. Celle-ci s’offre à nous comme un rayon de lumière qui passe à travers la trame, exprimant la possibilité d’autre chose. L’attractivité d’autre chose. L’élan possible. L’ouverture à.

Parce que notre espace est infini. Il est chatoyant, il brille, moins limité que nous ne le supposons. Dans cet espace peut se déployer l’intention, la pensée, le désir du geste. La main qui pivote sur l’articulation du poignet, le bras qui se déploie, s’enroule, le sourire qui fleurit, la conscience du corps qui se dévoile, de la peau qui goûte, s’ouvre à la Vie. Le frémissement clair de qui se trouve devant l’eau qui court. Et l’envie, soudaine, de s’inscrire dans la danse.

Parce qu'au cœur de cette danse, se love la tentation de la grâce.

Bruno Deck - le 08 aout 2019

« Le Grand Mort » (auteurs Régis Loisel, Jean-Blaise Djian, Vincent Mallié) est une BD sur la destruction du Grand Monde (le nôtre) en vue de sauvegarder le Petit Monde, pour rétablir l’équilibre global, via l’intervention d’une prêtresse hermaphrodite, appelée Macare, issue du Petit Monde. Le Petit Monde vit en symbiose avec la Nature, le Grand Monde vit contre la Nature. Les deux mondes vivent en parallèle et en interaction.

Macare s’inquiète de la dérive violente du Grand Monde et va agir en disposant dans chaque monde un enfant, en jouant sur son double statut d’homme capable de féconder, et de femme capable d’engendrer. Il / Elle (iel) va être à l’origine de chacune des deux naissances:

· Mère d'un garçon, fécondée par un homme du Grand Monde, enfant né dans le Petit Monde.

· Père d'une fille, engendrée par une femme du Grand Monde, enfant né dans le Grand Monde.

Deux enfants, donc, dont l’une, dans le Grand Monde, assistée de son frère resté dans le Petit Monde, va noyer la Terre dans le chaos. Objectif : Réguler les déséquilibres engendrés par l’homme pour revenir à un état d’équilibre naturel. Considérons cette métaphore du Petit Monde par rapport au Grand Monde comme métaphore de la Vie qui s’invite, respectueuse, en opposition à la Vie qui écrase.

Macare est femme et homme à la fois. Il/Elle (iel) n’est pas Yang ou Yin, avec prééminence de l’un des deux, mais Yang ET Yin. En tant que tel/telle, iel agit pour la préservation de la Vie, de façon globale, en vue de rétablir l’Equilibre, même si cela doit se faire de façon radicale : La Vie prévaut sur la destruction. Iel ne s’inscrit pas dans un dualisme, mais porte cet équilibre en lui/elle. Transposé à nous, qu’est-ce que cela signifie ?

Toute notre culture est inscrite dans une dichotomie principe masculin / principe féminin. La dichotomie étant un process de division de qqch en deux entités qu’on oppose nettement. Si l’on pose :

- Que nous sommes par essence intrinsèquement unitaires, c’est-à-dire inscrits dans une double dimension définie aujourd’hui comme yin et yang, avec dynamiques parfaitement entrelacées, en équilibre, sans prise de pouvoir de l’une sur l’autre.

- Mais que l’évolution de l’Humanité, comme de la Vie sur terre, a conduit à séparer ces deux principes, pour qu’ils se complémentent, la co-création supposant deux entités qui s’accouplent pour donner la vie.

On doit constater que ce process de dissociation s’est toujours traduit dans une démarche d’opposition, qui conduit au résultat que l’on voit tous les jours dans nos sociétés. Avec prééminence violente d’un genre sur l’autre, ignorance des genres autres que majoritaires, tensions quotidiennes et comportements aussi caricaturaux que dévastateurs.

Notre salut ne peut venir que du retour à un état d’équilibre, que l’on travaille dans le Tantra, avec l’acceptation totale de notre double essence yin/yang, même en respectant partiellement l’attribution du genre anatomique dans laquelle la Nature nous a inscrit en vue de reproduction de l’espèce. Je dis partiellement car il n’y a aucune obligation pour quiconque de s’inscrire ex abrupto dans ce schéma suggéré par la Nature. La Nature ayant de fait prévu une part de libre-arbitre propre à chacun. Acceptant notre double nature, nous sortons du schisme « obligation d’opposition partielle des genres (pour reproduction) » / « identification obligatoire au modèle culturel construit de toutes pièces sur cette différentiation physique », avec ce que cela comporte comme dérives comportementales.

En clair, n’associons, ne conditionnons pas notre équilibre interne yin yang, féminin-masculin, à une projection culturelle dédiée de genre, cette dernière étant liée, à la base, à une simple exigence biologique. Sachons connecter cet équilibre, comme condition sine qua non d’un équilibre à plus grande échelle, et le projeter comme élément d’apaisement sur le Monde. Et vivons notre féminin-masculin, masculin-féminin de façon parfaitement apaisée.

Bruno Deck - le 02 Aout 2019

Une mémoire qui n’est pas activée, n’est pas pérenne. Et si le bébé naît avec un bagage mémoriel et sensitif, ce dernier est là sous forme « à révéler » (au sens d’amener à la lumière).

Hervé Pechot, journaliste écrivain dans un article (Pechot, http://www.lecorpsdutoucher.com/articles/toucher.shtml) paru en 2004, écrit (je cite) : « Il (le toucher) est essentiel à la construction de la personne par ce qu'il nous révèle à notre humanité ; c'est-à-dire à la réalité de notre conscience physique. Un enfant non touché n'a pas conscience de son incarnation. Sans toucher, il ne peut y avoir de présence à la matérialité du corps. Il en est le déclencheur »

Et c’est bien le geste du toucher que Michel Ange a peint sur le plafond de la Chapelle Sixtine, pour signifier que Dieu donne vie à Adam. Le toucher est donc la condition première de l’accès à un potentiel état de vie. Avec un « avant » tout en contact, contenu et protecteur, dans le cocon du placenta, et un « après » où l’univers a complètement explosé, mais où ce contact, ce mince fil de contact avec le père ou la mère établit une continuité d’importance majeure.

D’autant majeure que ce contact sera dorénavant disjoint, discontinu. Pointillé tout au long de la vie. Quel que soit l’enveloppement de l’amour paternel et maternel, il restera toujours une pâle référence de ce que le bébé a connu dans le ventre maternel. Robinson, désespérément seul dans 'Vendredi ou les limbes du Pacifique', de Michel Tournier, chroniquement privé de contact, ira jusqu’à se glisser dans un trou dans le sol de l’ile où il se trouve, Speranza, pour se lover, au plus profond de celle-ci, dans sa forme matricielle, contenante, chaude, et retrouver, par ce contact, son énergie de vie.

Hervé Pechot dit encore « Le corps touché est la caisse de résonance, le réceptacle qui produit les informations de la conscience. Il n'y a pas de corps sans informations ni de transmission sans corps. C'est le lieu d'échanges entre moi et le monde, visible et invisible ».

Le fait de masser le bébé révèle la mémoire (comme le révélateur permet à la couleur de s’exprimer sur la pellicule) et inscrit son corps dans le monde. Et ce travail de toucher, de connexion, ne devrait jamais s’arrêter, puisque (Pechot, je cite) « Le corps ne peut développer ces qualités que s'il est exercé au toucher. Le toucher engendre la sensibilité du corps et de la conscience parce qu'il les joint et qu'il développe les perceptions, c'est-à-dire la capacité de voir au travers. Il conduit à faire les liens entre moi et mon corps, moi et l'autre, l'intérieur et l'extérieur de moi… ».

Pour autant, le toucher est loin d’être, dans la vie courante, un geste usuel. Geste pouvant s’inscrire dans un registre très intime, il se heurte à nombre de conditionnements plus ou moins identifiés, que la société, l’éducation posent comme garde-fous, balises, dans la crainte d’autres gestes trouvant leurs dynamiques dans des registres différents. A craindre les uns, on fait l’économie de tous les autres.

Et faisant l’économie de ce contact, on se prive d’un lien essentiel de sociabilisation, de connexion à soi-même. A ne pas nommer, on n’identifie pas. A ne pas toucher (ou se faire toucher), on ne vit pas. Tout simplement.

Bruno DECK - 02 décembre 2018