• layral

Regard

Mis à jour : août 14

 

 

 

Layral peint. Des portraits. Des autoportraits.

Mais voilà, Layral ne serait pas un peintre. Pire encore, la peinture l’emmerderait. Pourquoi donc insisterait-il ainsi depuis tant d’années ? Tendre des toiles, les encoller, prendre les pinceaux, depuis l’esquisse faire apparaitre les yeux, le nez, la bouche, les lèvres, la chair. Puis lâcher prise et donner la toile à l’autre, pour qu’il peigne à son tour, qu’il laisse lui aussi sa trace. Layral offre le pinceau et vous dit le sourire aux lèvres «Fais ce que tu veux ».

Nombreux visiteurs de ses expositions, spectateurs de ses performances, partent avec la sensation que l’irréparable a été commis, que l’œuvre est devenue gâchis au moment où l’autre est venu s’y reposer. Le tableau peint par le peintre serait une fin en soi. Et pourtant l’art ne servirait à rien.

La peinture qu’il donne à voir n’est peut-être pas celle que garde la toile, son œuvre ne se résume sûrement pas aux centaines de toiles invendables, entassées dans un coin de l’atelier. Le travail de Layral se lit peut-être plutôt au travers des temps qu’il génère, des rencontres qu’il provoque, des certitudes qu’il dissout. Ses performances viennent bousculer le statut de peintre qu’on pourrait lui attribuer par facilité. En accompagnant le modèle à poursuivre son geste, il vient inquiéter le regardeur et la place qu’il occupe face à la toile. Il invite, le temps d’une performance publique, le spectateur à devenir modèle et nous rappelle une fois encore que l’œuvre est collective.

Au-delà du faire, la pratique de Layral est humaine. Elle tisse sa toile dans la vie et vient heurter la peinture. Durant toutes ces années de travail, il a appris à peindre. Sa technique picturale est soignée, rigoureuse, son regard aiguisé, son labeur celui de l’artisan. Ses toiles, aux proportions aussi impressionnantes que le corps lourd qu’il offre au regard, se prolongent sur l’être au travers des nombreux tatouages qui courent sur son corps et poursuivent son œuvre. Mais ce n’est pas dans les traits, les couleurs que le sens se fait.

Son travail amène à l’existence ; non pas au travers de la chose qui est faite, mais bien dans celui qui fait. Et c’est là, dans l’invitation, le partage, que le travail devient œuvre. Lorsque que le modèle, le temps d’une respiration, vient prendre en main le pot de peinture blanche avec laquelle il va intervenir sur son portrait, lorsque le visiteur observe l’artiste au travail durant ses réalisations in situ, lorsqu’il donne forme à son tour aux couleurs fraîches qui forment son portrait. Mais aussi lorsque l’artiste surprend ce même visiteur qui observe, troublé, l’un de ses tableaux.

Cette invitation à faire l’œuvre déroute et émeut. C’est ainsi que la peinture vient à la vie, et nous la recevons en pleine face. La remise en cause des rapports conventionnels entre le peintre et le modèle, la peinture et son public, crée une tension qui nécessite une posture bien inquiétante chez celui qui espérait trouver dans les portraits figuratifs de Layral une image rassurante. Dissimulé sous sa combinaison blanche, Layral nourrit un peu plus le mystère.

Puis, le temps d’un échange avec le public, il dit tout. Le temps d’un sourire. Immense.

 

S. Boissy

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