La leçon de vie professionnelle du Chemin de Compostelle

 

 

 

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, le principe est assez simple, pour ne pas dire basique : marcher du matin au soir en direction de Saint Jacques de Compostelle en Espagne, soit, pour ceux qui font le Chemin en une seule fois 1 408 kilomètres au départ du Puy en Velay. Dit comme cela, ça fait un peu masochiste et, je dois bien vous l'avouer, il y a un peu de cela... mais pas que ! Pas d'inquiétude, je ne suis pas devenu mystique subitement mais, contre toute attente, j'ai vu entre cette expérience de marche (300 kilomètres en 12 jours) et la vie professionnelle un certain nombre d'enseignements assez intéressants que je voulais partager.

 

Quand vous marchez, entre 6 et 8 heures par jour, vous avez le temps de réfléchir et de faire une bonne dose d'introspection. Et souvent, quand je réfléchissais à ce que j'étais en train de faire, j'y ai vu un certain nombre de points communs avec notre quotidien en entreprise. Vous ne me croyez pas ?

 

1- Avoir un objectif... qui motive.

Quand vous partez le matin sur le Chemin, l'objectif est clair : arriver à l'étape suivante. Bizarrement, quelle que soit la difficulté de celle-ci, du fait même que l'objectif est clairement défini, la tache est beaucoup plus simple, évidente même. Dans notre vie professionnelle, savons-nous clairement, chaque jour quel est notre objectif ? Pas toujours et, selon moi, se donner quotidiennement un objectif permet de donner un sens à notre action.

 

2- Avoir un objectif... quels que soient les obstacles

Plusieurs fois, il m'est arrivé de me tromper sur le nombre de kilomètres à faire dans la journée. Et je vous assure que lorsque vous partez le matin en vous disant que vous allez marcher 25 kilomètres mais qu'au final, il s'avère que vous allez devoir en faire 36... mieux vaut avoir le moral accroché !!! Bien sûr, j'aurais pu décider de m'arrêter plus tôt et dormir dans un champ plutôt que d'aller jusqu'au gîte que j'avais réservé... mais là, c'est une question de confort. Ce que m'a appris le Chemin, c'est que quand l'objectif est motivant (en l'occurrence ici : le confort d'un lit), se dépasser est beaucoup plus simple. Sans dire que j'ai fait un exploit, très loin de là, mais la notion de dépassement de soi... je l'ai touchée du doigt plusieurs jours d'affilés avec une satisfaction, après coup, assez surprenante.

 

3- Garder les yeux ouverts

Je suis passé par un Chemin "alternatif" qui s'appelle la Vallée du Célé. Pour faire simple, vous grimpez des falaises pour redescendre par la suite... beaucoup de fois. Le tout avec un sac à dos de 12 kilos sur le dos... bref, la tendance à regarder ses pieds pour avancer en courbant l'échine est assez forte. Mais, à chaque fois, quand je relevais la tête, un paysage à couper le souffle s'offrait à moi. Je n'oubliais pas à la fin de chaque montée l'effort fourni... mais ce dernier prenait sens. Dans notre quotidien, la notion de sens est fondamentale pour garder sa motivation. Pourquoi dois-je gravir cette côte après tout ? Ce sens... c'est à chacun de nous de le trouver.

 

4- Être prêt pour l'inattendu

Aucune journée ne se ressemble sur le Chemin de Compostelle et c'est probablement ce qui m'a le plus étonné. Je pensais que marcher 300 kilomètres en 2 semaines avait un bon potentiel de routine !!! Et pourtant, aucune journée n'a été la même. Des rencontres incroyables, des paysages de dingue même si je me disais qu'en marchant à 5 kilomètres par heure, la variété des paysages allait-être toute relative, des petites surprises qui changent une journée comme manger des mûres incroyables au bord du chemin... bref, je m'attendais à de la monotonie, cela a été tout le contraire. Dans notre quotidien, nous pouvons parfois nous laisser aller à cette monotonie sans forcément essayer de changer notre regard sur notre quotidien. Je ne dis pas que de changer d'étage pour aller boire son café et rencontrer d'autres personnes peut changer sa vie professionnelle, mais ça peut y participer. La monotonie n'est pas une fatalité, quel que soit le côté répétitif de notre tache.

 

5- Savoir se dépasser

 

Chacun a une motivation différente sur le Chemin. Certains se lancent pour passer le temps, d'autres pour guérir d'une blessure morale, certains pour trouver un sens à leur vie... il y a de tout. Moi, je ne savais pas trop. Le principe d'aller lentement pendant quinze jours me plaisait. Mais j'y ai trouvé autre chose : la capacité à se dépasser. Il me reste au moment où j'écris cet article, une étape de 28 kilomètres à faire. depuis 3 jours (soit environ 90 kilomètres), à partir de la moitié de l'étape, j'ai une douleur aux talons assez insupportable. Hier, j'ai même préféré faire les 3 derniers kilomètres pieds nus pour pouvoir continuer. Je pourrais très bien décider de prendre un taxi vers le prochain gîte, cela serait plus simple et pourtant... je veux continuer, à pied, je me l'étais promis ! Je savais que j'avais du caractère mais franchement, pas à ce point-là. Sur le Chemin, je suis un acharné pour atteindre mon objectif : arriver à mon but final, Auvillar dans le Tarn et Garonne. Dans ma vie professionnelle, cela n'a pas toujours été ainsi. Parfois, j'ai baissé les bras et changé de direction par manque de courage ou de conviction. Après cette expérience sur le Chemin, je pense que cela n'arrivera plus. Si l'on veut atteindre son objectif, quelles que soient les difficultés, on peut y arriver.

 

6- Travailler en équipe

J'ai fait ce parcours avec ma compagne et, je pense, cela change tout. Elle est très forte sur le plat et les descentes (et croyez-moi, les descentes sur le Chemin, il faut se les faire) et moi, les montées ne me font pas peur. Et au final, petit à petit, nous nous sommes améliorés sur nos points faibles, grâce à l'autre. Cet effet d'émulation en si peu de temps existe dans l'entreprise : l'esprit d'entraide, de partage de compétences et de se tirer les uns les autres vers le haut, c'est aussi cela qui fait qu'une équipe en entreprise progresse plutôt que de cultiver un esprit de compétition n'optimisant pas le potentiel global.

 

CONCLUSION

Je ne veux surtout pas donner l'impression d'être devenu subitement mystique, mais il est vrai que ces deux semaines passées à marcher ont changé la perception que j'avais de certaines choses et, surtout, ce Chemin m'a confirmé l'importance de ne jamais avancer sans but précis. C'est le but qui donne l'énergie, pas l'inverse. il me semble désormais évident qu'avancer, que ce soit sur le Chemin de Compostelle ou dans la vie, sans savoir pourquoi on avance et vers quoi est totalement dénué de sens. Je vais bientôt revenir à Paris en étant un petit peu changé et je dois vous avouer quelque chose : c'est la première fois de ma vie que je vais revenir de vacances en me disant que je ne suis pas tout à fait le même en revenant que celui que j'étais en partant et, ça, ça n'a pas de prix. Cela étant dit... je crois bien que mes pieds seront bienheureux que cette aventure prenne fin... jusqu'à l'année prochaine.

 

Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente rentrée pleine d'énergie, de surprises et de bonheurs !!!

 

Gaël Chatelain

 

 

 

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