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Gilets jaunes, Confidences sur la barricade !

Updated: sept 11

 

Le mouvement des « gilets Jaunes », issu de la contestation face à la hausse des taxes sur les carburants, est apparu dans le paysage français comme un feu de paille. Dès le premier rassemblement, le 17 novembre dernier et de manière assez surréaliste, il s'est propagé partout en France et, peu à peu, dans plus de 22 pays (en citer quelques uns). Ce jour là, c'est 282 000 personnes selon le ministère de l'intérieur et plus d'un million de personnes selon les organisateurs qui ont défilé dans toutes les villes de France avec, pour Dijon, 6000 personnes selon la Préfecture de Côte d'Or et 10 000 selon les organisateurs. Cependant, plutôt que de refaire l'histoire des Gilets Jaunes en évoquant les chiffres, les violences, le parti pris de plusieurs médias ou encore la loi anti fake news ainsi que sa désorganisation providentielle, nous allons pénétrer l'intime du mouvement afin d'en comprendre l'origine.

 

 

Ils s'appellent Clarisse, Nadia, Véronique, Margarida, Joris, Hamed, David, Patrick ou Fernando... Ils ont tous en commun le fait d'être gilets jaunes ! Rencontrés lors des manifestations ou aux abords des rond-points, les oubliés du néo-libéralisme se sont livrés, pudiquement, entre deux tirs de grenades lacrymogène ou durant une injonction à quitter leur camp par les forces de l'ordre, sur leur situation... Certains n'ont plus rien à perdre pendant que d'autres ont déjà tout perdu depuis longtemps. Reste encore un bout de gilet, un morceau de dignité auquel on s'accroche, un tissu disgracieux que l'on porte pourtant comme un étendard.

 

Clarisse est retraitée, elle n'arrive pas à joindre les deux bouts. Noël approche, et bien sûr nous l'évoquons. Cette dame m'avoue qu'elle n'a jamais pu gâter ses enfants à Noël ni même ses petits enfants : « Ils sont habitués à cela et vivent avec, c'est comme ça ! Je n'ai jamais eu d'argent. Pour nous pas de dinde aux marrons sur la table, ce sera poulet rôti comme l'an passé. Le plus important c'est d'être ensemble. »

 

Véronique, elle, parle des difficultés qu'à son fils à obtenir un prêt pour acheter une voiture. Pas une voiture d'occasion à 5000 ou 7 000 euros, non ! Juste une bagnole à 500 ou 1000 balles pour se déplacer. L'assistante sociale lui a répondu qu'elle ne pouvait rien pour elle si elle n'avait pas d'apport mais avec ses 500€ mensuel, elle ne peut que subvenir à l'essentiel. « J'habite loin de Dijon et c'est pas facile pour les soins ». Un autre de ces enfants souffre d'un cancer, ce n'est malheureusement pas son premier. Elle se bat tous les jours pour lui et pour les autres, elle est révoltée par tant d'indifférence et de mépris.

 

 

 

Joris est un jeune homme de 24 ans, il est un petit génie de la cuisine. Cependant il ne trouve pas de place pour exprimer son talent. Il a perdu son petit ami fin novembre et n'a pu se rendre à ses obsèques : « Je n'ai pas eu les moyens de lui dire au revoir, Dijon – Paris, Paris -Dijon, je ne peux pas me l'offrir. Je gagne un peu plus de 400€ par mois, un aller retour, c'est un tiers de mon budget quasiment, j'ai dû me résigner... »

 

David, lui, travaille depuis l'âge de 15 ans. Début 2017 il a perdu son travail. S'il a repris une activité depuis quelques mois, avec son SMIC il n'arrive pas à se loger : « Pour prendre un appartement il faut donner une caution, engager des frais mais je n'ai pas un sou de côté. ». Depuis quatre mois il vit sous une tente.

 

Nadia, est une ancienne commerciale dans l'optique. Même si sa vie est plus confortable que certains autres, elle parle de discrimination à l'embauche, du fait de ne pas pouvoir porter un badge avec son prénom et de devoir le gommer 8 heures par jour pour se franciser. Corinne c'est chouette aussi.

 

Margarida évoque le harcèlement moral qu'elle a subi pendant toute une année dans une brasserie coincée autour des halles, sa descente aux enfers, sa perte de confiance. Elle n'arrive plus à reprendre un travail, elle fait de petites missions d'intérim en attendant que le burn out qui a conclu sa dernière expérience professionnelle se dissipe. Cela fait déjà 4 ans et les choses ne s'arrangent pas. Elle a peur pour son avenir ainsi que celui de ses enfants.

 

 

Patrick a tout perdu suite à son divorce. Il avait une petite entreprise, une maison... Il est aujourd'hui SDF et fait la manche pour vivre. Il devrait retrouver bientôt un toit.

 

Hamed est à la retraite, il habite un HLM dans le quartier des Grésilles. Jusqu'à fin novembre il n'avait pas de chauffage malgré plusieurs appels auprès du bailleur. Il a du bluffer, faisant croire à un constat d'huissier pour que miraculeusement le chauffage irradie de nouveau son appartement.

 

Fernando est un ancien entrepreneur en maçonnerie. Suite à un accident il a accumulé des dettes impossibles à rembourser. Plusieurs de ses engins ont été vendus aux enchères afin de payer le passif. Son entreprise ne tient plus qu'à un fil.

 

 

 

Cette France silencieuse, multi-générationnelle, se bat chaque jour pour des lendemains meilleurs mais ces jours là n'arrivent pas... Il faut se serrer la ceinture, faire des économies... Mais quand on a rien à économiser et que la vie devient ingérable alors on sort dans la rue et on réclame justice ! D'un mouvement né contre la hausse des taxes en novembre dernier, celui-ci s'est largement étoffé et pourrait bien concerner, dorénavant, l'ensemble des français. Les gilets jaunes propose la gratuité des transports public, la nationalisation de l'énergie, de l'eau, des transports publics, des télécommunications, la baisse des rémunérations des politiciens, la revalorisation des salaires, le blocage des prix sur les produits de première nécessité, une consommation locale et respectueuse de l'environnement, le redéploiement des services publics et bien sûr le RIC (référendum d'initiative citoyenne) afin de prendre en considération les attentes du peuple.

 

L'année 2018 se termine avec son lot de déceptions, 2019 sera t-elle plus juste ?

 

(les prénoms ont volontairement été changé pour le respect de l'intimité de chacun)

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

 

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