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Interview de François Rabiller

INTERVIEW – Il fait partie de ceux qui font la Ligue 2 sur BeIn Sports. Sa voix, en tout cas, fait vivre le championnat à tous ses amoureux, qu’il soit près du terrain ou sur le plateau de son émission Maxi Ligue 2. François Rabiller est revenu pour moi notamment sur son parcours, son émission et la saison de Ligue 2 qui vient de s’écouler.

Quel a été votre parcours média depuis le début de votre carrière ?

J'avais commencé en radio pour un groupe musical au début des années 2000. Ensuite j'ai travaillé pour la télévision de Nantes où je m'occupais notamment d'une émission sur le FC Nantes. Je suis arrivé à Paris en 2009 où j'ai travaillé pendant deux ans pour ITélé où j'ai fait de l'actualité générale puis du sport. J'ai participé à l'aventure CFoot entre 2011 et 2012. Je réalisais des documentaires sur des grands matchs, des événements qui avaient marqué le foot français et international (émission "La Grande Histoire", ndlr). Depuis, je suis à BeIn Sports.

Sur BeIn Sports, vous commentez, présentez mais êtes aussi en bord terrain pour les rencontres de Ligue 2. Qu'est-ce qui vous plaît dans ce rôle ?

C'est un rôle que j'ai découvert sur le tard et qui très intéressant. Je me suis rendu compte qu'en étant sur le bord du terrain, on voyait mille choses qu'on ne voyait pas au poste de commentateur. On ressent nettement plus l'intensité ou l'engagement mis par les équipes que lorsque l'on est devant la télé ou au poste de commentateur. On remarque que les matchs, au-delà de l'aspect technique et tactique, se gagnent sur l'intensité et la fameuse envie de gagner. Cela paraît cliché de dire ça mais c'est quelque chose qui est très net. C'est aussi très intéressant d'être au contact des staffs, de voir les réactions des bancs, de pouvoir capter des consignes pour donner une information en plus dans le cadre du commentaire.

Comment se répartit la parole avec les commentateurs ?

Lorsque l'on commente avec Robert Malm et Samuel Ollivier, on fait en sorte que ce soit une discussion. On est trois à commenter donc j'ai le micro ouvert pour intervenir sur tout ce qui me paraît pertinent et ne pas faire que les remplacements. On est vraiment au cœur du match et il y a beaucoup d'histoires à raconter. Le rôle de bord terrain est assez frustrant quand on ne lui donne pas beaucoup la parole mais quand on lui donne de la place, il y a énormément de choses à raconter car il se passe des choses en tribune, sur le terrain, sur les bancs de touche... C'est également toujours intéressant d'avoir les réactions à chaud des acteurs. C'est un rôle qui me plait et qui est très complémentaire du commentaire. J'adore et je crois même que je préfère commenter mais ce rôle de bord terrain est assez réjouissant.



Votre émission Maxi Ligue 2 est novatrice puisqu’elle ne traite que de Ligue 2, ce qui n’avait pas ou peu été fait avant. Pourquoi et comment s’est monté ce projet ?



Ça fait sept ans que je prends du plaisir à suivre ce championnat. Je savais qu’il y avait plein de choses à dire et je sentais qu’il y avait un public pour nous suivre dans ce projet. On parle très peu de clubs comme Niort, Le Havre ou Clermont et je trouvais que ces clubs avaient aussi droit à une petite fenêtre médiatique. J’étais convaincu qu’il y avait quelque chose à faire. J’aurais pu me tromper (rire) mais on s’est rendu compte qu’il y a un véritable « public Ligue 2 » et qu’il y a des villes avec des familles de supporters fidèles qui attendent des nouvelles de leur club. Des choses avaient déjà été faites mais c’était très factuel avec des résumés de match. Nous, ce n’est pas du tout notre ambition, on veut analyser, faire découvrir des joueurs, des équipes, des entraîneurs… C’était un pari mais des gens se sont retrouvés en l’émission. On fait une émission informative, car c’est notre métier, mais dans un cadre souriant et détendu pour sortir du côté solennel de beaucoup d’émissions.


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Vous commentez le vendredi et êtes sur le terrain de Ligue 2 le samedi après-midi notamment. Comment préparez-vous votre émission qui a lieu le mardi soir ?



On attend que le weekend se passe en commençant par décrypter les matchs du vendredi soir et du samedi. Le dimanche, je commence à imaginer un conducteur par rapport aux moments forts du weekend pour savoir quel débat peut être intéressant, quelles images on a envie de mettre en avant… on discute le lundi matin avec l’équipe et le chef d’édition Antoine Bouriat pour finaliser ce conducteur. Pendant cette réunion, on voit aussi si le reportage qui a été préparé est conforme à ce que l’on veut faire. On va sur des terrains qui n’ont pas été défrichés durant le weekend, on parle de choses un peu différentes en prenant du recul car on est trois jours après la journée. On parle d’actualité mais l’idée n’est pas de revenir sur un match action par action mais plutôt d’analyser, d’essayer d’expliquer la dynamique d’une équipe par exemple avec des invités qui renforcent cet éclairage.


Que vous a apporté cette expérience cette saison ?



A titre personnel, ça a été un kiff énorme parce qu’on a mené le projet de l’émission à bien et que j’ai continué à commenter le vendredi et le samedi en bord terrain en plus de l’émission. C’était exactement la diversité que je cherchais dans l’émission donc c’était très agréable. J’ai fait plein de belles rencontres que ce soit en plateau lors des émissions ou sur les stades avec les coachs, les joueurs… c’est vraiment un championnat à taille humaine et c’est ce que j’apprécie. Ça été une année très riche car le championnat a été très passionnant et que je me suis éclaté dans l’émission qui m’a été confiée donc j’espère que ça sera pareil la saison prochaine.



Avez-vous des objectifs ou des rêves dans votre métier ?



Mon seul rêve, c’est de ne pas m’ennuyer dans ma vie professionnelle (rire). Ça fait 15 ans que je travaille et je ne me suis jamais ennuyé. Aujourd’hui, l’actualité c’est la Ligue 2 mais elle est digne d’intérêt, il y a plein de belles histoires à raconter et on a montré avec l’émission qu’il y a des choses intéressantes à dire. On peut innover et je m’éclate là-dedans. Mon but c’est de continuer à « m’amuser » dans ce que je fais. Attention, on travaille aussi (rire) ! J’ai la chance de faire un job-passion où on a conscience de la chance que l’on a par rapport à d’autres et j’ai envie de m’amuser le plus longtemps possible.



Que retenez-vous de la saison de championnat ?



On a bien senti que ça allait être plié assez vite devant car Metz était hors-concours. Brest a été un peu moins flamboyant en début de deuxième partie de saison mais on a vu qu’ils étaient au-dessus. Et ensuite on a vécu des barrages complètements fous. On a pu vivre des matchs à suspense et c’était vraiment kiffant.



Pendant ces play-offs justement, beaucoup d’amateurs de foot qui ne suivent pas particulièrement la Ligue 2 se sont mis à suivre les matchs. Que pensez-vous de ce système ?



Je sais que les avis sont très partagés mais je pense que c’est une bonne chose. Certes la probabilité de vous retrouver en Ligue 1 est très faible quand vous terminez 4e ou 5e mais on a vu que Lens n’est pas passé loin cette saison. Au-delà de ça, j’ai vu des joueurs très contents de jouer ces play-offs car cela rajoute deux ou trois matchs à enjeu en fin de saison. Même s’ils savaient que ça serait difficile aussi, les supporters étaient ravis. Cela rajoute un peu de piment car la lutte pour la 5e place est intense. Certains regrettent la formule des trois montées et moi aussi, mais les play-offs ont été mis en place à un moment où beaucoup de clubs ne voulaient plus que deux montées. Le plus juste aurait été de maintenir trois montées mais ce n’est plus possible donc ce compromis n’est pas si mauvais.



La médiatisation des play-offs a été poussée par la ferveur et l’engouement autour du RC Lens, notamment. Pensez-vous que cet engouement peut-être aussi important avec des clubs moins suivis ?



Oui, je pense, car ce sont des matchs à enjeu et tout match à enjeu est digne d’intérêt. Evidemment, quand vous touchez Lens vous savez que vous touchez beaucoup plus de monde qu’avec d’autres clubs. C’est aussi le cas durant la saison régulière, play-off ou pas. Mais dans tous les cas, si on avait eu d’autres clubs que Lens, les matchs auraient peut-être été moins regardés mais ils auraient été regardés quand même. Les play-offs ont une saveur particulière, ils sont sympas à suivre, il y a du suspense et une histoire… je pense que les gens auraient suivi quand même.


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Vous avez visité et allez encore visiter de nombreux stades grâce à votre métier. Est-ce une partie de votre métier qui vous plaît ?



Forcément, pour moi c’est le cœur du métier. On est reporters donc on doit aller au contact des gens, sentir l’ambiance d’un stade, voir les couleurs et être vraiment imprégnés de ça pour pouvoir au mieux le raconter. C’est donc à la fois le cœur du métier et un plaisir immense que cela soit un grand ou un petit stade car ça change tout d’être sur place.



Quel stade vous a le plus marqué ?



En France, Lens est vraiment quelque chose à part et c’est un immense bonheur d’y être souvent. A l’époque où je faisais la Ligue 1, j’ai pu voir que Geoffroy-Guichard c’était quelque chose aussi. Ce n’est pas vraiment original, mais je pense que ces deux ambiances sont vraiment au-dessus. Ensuite, j’ai un bon souvenir de La Meinau et moi qui ai suivi le FC Nantes, j’ai apprécié La Beaujoire des années 90. En dehors de la France, San Siro (Milan) est peut-être le stade le plus fou que j’ai vu lors d’un match de l’OM contre l’Inter. Ce stade m’avait marqué par son acoustique et son architecture, des tribunes très verticales qui plongent sur la pelouse, par son histoire aussi puisqu’il accueille deux clubs mythiques et par l’ambiance avec des supporters qui vivent pour leur équipe. Je me souviens aussi avoir suivi l’Equipe de France dans le vieux stade de Tirana (Albanie) qui, je pense, devait faire 7-8 000 places. Il devait y avoir 10 000 personnes dedans et nous, les journalistes, nous étions retrouvés sur un banc à côté du staff des Bleus car l’organisation avait dû vendre les places de la tribune presse à des supporters. Le match s’était joué dans une ambiance de dingue, les 10 000 personnes faisaient le bruit de 50 000 et pour nous c’était surréaliste de suivre le match sur un banc en bois à trois mètres de la ligne de touche.



Est-ce ce genre d’environnement qui vous a poussé à faire du journalisme de sport ? Auriez-vous pu faire une carrière différente dans du journaliste plus général ?



Chez les journalistes, j’ai l’impression qu’il y a deux tendances. Il y a effectivement les fans de foot qui vivent leur passion à travers leur métier. Il y a les journalistes qui se spécialisent dans le foot à un moment donné. Et moi je suis plutôt de la deuxième école car je suis un passionné de sport en général, j’aime beaucoup le foot et lorsque j’ai dû me spécialiser, les aléas on fait que je me suis spécialisé dans le foot. Ça tombe bien car j’adore ça mais j’aurais pu faire autre chose. Ce qui m’intéresse, c’est de raconter des histoires, expliquer des choses et les mettre en perspective. Je le fais dans le foot et ça me plaît beaucoup mais j’aurais pu le faire dans un autre domaine ça m’aurait plu.



Vous suivez d’autres sports. Etre journaliste, est-ce aussi apprendre sur le moment sur des sports ou était-ce un but que de les suivre ?



Pas du tout mais c’est ce qui est génial. Quand on a récupéré la natation avec Clément Grèzes il y a quelques années, je ne connaissais pas ce milieu. Je ne connaissais ni les gens qui le composaient ni comment ce sport fonctionnait au haut niveau. Au début, je n’étais pas forcément super enthousiaste mais c’est finalement un immense bonheur. J’ai découvert un sport, des gens sympas et des sportifs qui sont des bosseurs acharnés. Je me suis éclaté en faisait des reportages et en étant sur les bassins avec eux. C’est l’un des sports les plus difficiles car il est difficile de mener une carrière et des études en même temps. Les nageurs y parviennent en faisait beaucoup de sacrifices et ça, je l’ai appris en les côtoyant. Suivre ce sport a donc été un vrai enrichissement pour moi.



Pendant l’inter-saison, l’actualité est différente en Ligue 2. Que faites-vous, préparez-vous déjà la saison prochaine ?



On est sur l’Expresso le matin avec Richard Sette jusqu’au 20 juillet. On profite de cette période pour penser à quelques innovations pour l’émission, à ce que l’on pourrait enlever ou ajouter. On essaye d’imaginer comment on pourrait améliorer l’émission, peut-être en inventant des rubriques ou en la rendant plus interactive avec l’intervention de supporters. Il n’y aura pas de changement radical car je pense que l’émission se tient telle qu’elle est. Pendant cette période, je suis l’actualité et je reste au contact des clubs et des joueurs, pour ne pas perdre le contact avec eux afin de repartir du bon pied début septembre.



Nous sommes en pleine Coupe du Monde féminine. Vous la suivez ?



Oui je la suis et j’ai l’impression d’être un peu à contre courant car je vois de bons matchs, contrairement à ce que beaucoup de gens disent. Les matchs des Bleues n’étaient pas toujours aboutis mais elles les ont maîtrisés et elles les ont gagnés. J’ai surtout regardé les matchs des Bleues mais le fait que cette Coupe du Monde soit en France m’a permis de découvrir un peu le foot féminin et de voir des choses très intéressantes. La seule chose que je trouve décevante, c’est le manque de concurrence mais c’est normal car le foot féminin grandit. On se rend compte qu’il n’y a que 7 ou 8 équipes qui comptent sur la scène internationale et on a observé des grands écarts de niveau durant la phase de groupe.



Pensez-vous les Bleues capables de la remporter ?



Sincèrement, mes compétences en terme de foot féminin sont trop limitées (rire). Honnêtement, je ne connais pas assez cette équipes des Etats-Unis qu’on annonce comme très forte pour dire si elles peuvent gagner ou pas. Mais je vais faire la bonne réponse langue de bois et je vais dire que sur un match tout est possible.


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Je remercie François Rabiller pour le temps qu'il m'a accordé, ses conseils et pour sa gentillesse.

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