Les Gémeaux et l'expérience du vide

 

 

Ces lignes ne décrivent pas tant les personnes nées sous le signe des Gémeaux que le signe lui-même et l’expérience qu’il illustre : la peur du néant, que celui-ci soit physique ou psychologique - la peur de se confronter à son vide intérieur. Nous sommes tous plus ou moins ces Gémeaux-là.

 

Les Gémeaux ne sont pas seulement le signe aux deux visages. Ces prétendus visages sont plutôt des masques, et le vrai visage n’est nulle part. Comédien hors-pair, le Gémeaux s’inquiète à l’idée de n'être personne.

 

Le mythe de Castor et Pollux illustre parfaitement cette angoisse propre au signe des Gémeaux. Nés de la même mère Léda, Castor et Pollux n’avaient hélas pour eux pas le même père. Pollux, fils de Zeus, était immortel. Castor était fils de Tyndare, un humain, et donc mortel. Par amour fraternel, Pollux offrit à Castor la moitié de son immortalité, s’engageant à passer avec lui un jour sur deux en enfer, et de l'emmener un jour sur deux dans l’Olympe. Comment pouvaient se sentir Castor et Pollux chez ces dieux qui jouissaient de leur immortalité, en songeant que quelque heures plus tard ils intégreraient  à nouveau les ombres de la mort ?

 

 

Tel est le malaise représenté par les Gémeaux. La grâce d’être partout "comme" chez soi, la mélancolie de ne pas avoir de lieu propre où être vraiment chez soi. Le Gémeaux joue à merveille tous les rôles, mais se trouve soudain désemparés si on lui demande d’être lui-même.

 

Il porte un masque. Il joue. Et ce faisant, il transmet. C’est Hermès le messager des dieux, le seul d’entre eux à pouvoir entrer et sortir librement des enfers. Il n’est de nulle part. Il donne ce qui n’est pas à lui.

 

La planète Mercure, maîtresse des Gémeaux, illustre dans son symbole la dualité du signe. La coupole représente le monde d’en-haut, et la croix celui d’en-bas.

 

Plus que tout autre, les Gémeaux souffrent de la vanité. Mais ils n’en sont pas dupes. Ils ne font pas l’erreur de se prendre eux-mêmes pour ce qu’ils ne sont pas. Ils ont conscience du vide. Ils savent que chaque attitude est un rôle. S'ils n’ont pas le confort de coller à la peau de leur personnage, en échange, ils y gagnent la lucidité qui fait le génie de ce signe.

 

 

Dante et Virgile - Gustave Doré

Parmi les Gémeaux les plus célèbres, nous retrouvons ceux qui ont fait d'une manière ou d'une autre l’expérience du vide. L’auteur de La Divine Comédie, Dante Alighieri se représente traversant le séjour des morts, guidé par Virgile, son alter ego. Le parallèle avec le mythe des Dioscures est saisissant, et peut-être voulu. La mission de Dante est de revenir de l’au-delà pour décrire le sort des âmes après la mort.

 

 

Blaise Pascal, mathématicien et physicien de génie a démontré expérimentalement l’existence du vide... Mais le vide le hantait moralement plus que physiquement. Délaissant les sciences, il écrit dans les Pensées (laissées à l’état fragmentaires) son angoisse du néant dans l’une des phrases les plus célèbres de la littérature : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie ».

 

Perdant la raison, l’histoire raconte qu’il demandait qu’il y ait toujours une chaise (vide) placée devant lui, pour lui éviter de voir le gouffre s’ouvrir à ses pieds. « Pascal avait son gouffre, avec lui se mouvant », dira Baudelaire.

 

Dans la littérature, nous retenons Nerval : « Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé », ou encore Sartre, auteur de L’Être et le Néant. Le philosophe développe une conception athéiste de l’univers qui fonde la liberté même de l’homme. L’homme est hanté par le néant. L’homme n’est rien. « Nous ne sommes que nos choix » dit-il.

 

Jean Moulin fut un héros de la clandestinité. Il contribua à créer dans l’ombre les réseaux de la résistance, notamment l’Armée secrète. Il avait pris le faux nom de Joseph Mercier… en hommage à son frère défunt.

 

 

Moins tragique, le commandant Cousteau explora « Le Monde du Silence », et le transmit au grand public.

 

Enfin, je trouve pleine de sens la représentation des Gémeaux dans « Les Chevaliers du Zodiaque » plutôt intéressante : une armure aux deux visages… vide.

 

Qu’on ne s’y méprenne pas. L’angoisse des Gémeaux n’a rien à voir avec une quelconque gravité. Elle en est l'exact contraire : fébrilité, curiosité, mouvement. Parce que le Gémeaux n’a pas de fond, il est libre, ouvert, et ne se prend jamais au sérieux. Il s’émerveille devant l’instantané. Comme il se sent flottant il s'attache, et ses liens sont alors puissants. Levant les yeux en l’air, il admire encore les papillons, les oiseaux qui passent au ciel, n’importe quoi qui se détache de rien.