Rechercher

L'Orillon Bar : la cantoche bellevilloise plus bonne que nature

Mis à jour : juin 5

Que j'aime ce triangle parisien. Entre Goncourt, Belleville et Couronnes, s'agite tout ce que j'aime de Paris : les invectives populaires d'amis de quartier, les marchands de tout et de rien mais experts de chaque recoin du 11e et le melting pot des saveurs bigarrées.

Asie, Magreb, Afrique-subsaharienne et ... titi parisienne ! Oui, titi parisienne ! Cette cuisine de troquet canaille, cette douce odeur de table en chêne brut, ces assiettes fleuries aux bords émaillés, ces ballons de jaja francs et parfois irrévérencieux et ces acolytes de mangeaille aux allures de brocanteurs en pause déjeuner. Et bien une adresse comme celle-là, j'en détiens une ! L'Orillon... rue de l'Orillon, pardi !

Ici, pas de chichi. La serveuse au regard sérieux et à la gestuelle rustre, les tables et des chaises dépareillées et les habitués au comptoir brandissent en étendard l'authenticité.

La carte griffonnée sur le tableau en ardoise change tous les jours et on devine à ces quelques coups de craie l'intelligence du chef Thomas Chevrier qui travaille ses produits jusqu'à la moelle. Rien ne se perd, tout se cuisine.

Je me faufile entre les quelques tablées placées à la va comme je te pousse et je m'installe au fond de la salle. Vue sur les cuisines et une de mes voisines qui recommande un verre de rouge à la volée. La serveuse déboule et pose sa grande ardoise devant mes yeux. Je commande pressement. En entrée, des œufs mayonnaise qui s'avéreront enveloppant et dignes de l'Association de sauvegarde des œufs mayo (4€) et une soupe froide de betterave et estragon qui croque de végétal et qui peps (4€).

Côté plat de résistance, le chef maîtrise en toute décomplexion une tambouille familiale pleine d'âme : un rôti de cochon à la tendreté suave, purée de pois cassés où la légumineuse exprime toutes ses saveurs terreuses dans une texture hyper fine et une sauce charcutière parfaitement aigre et nappante (11€). Mon acolyte prend le large avec des moules XXL de Locquémeau from Côte d'Armor, liées à des petites pommes-de-terre bombesques et noisettées de l'Île-de-Ré et une mayonnaise liquide et saline au jus de moules et basilic en chaud-froid (11€).

Pour le dessert, un choix unique qui s'avère gagnant. Sous ses airs de paye-pas-de-mine, le gâteau à la rhubarbe accompagné d'une compote de rhubarbe maison (4€) se radine, frais et sucré comme un déjeuner de printemps.

À glouglouter : un réjouissant vin de table à 2,80 € le verre, un muscadet Mouton Noir (5 €) ou un pinot noir du Domaine Désertaux-Ferrand (à un très honnête prix de 32 € la bouteille).

La formule entrée, plat, dessert, fini de m'achever de plaisir. Un rare 17€ au déjeuner. J'enfile ma casquette de gavroche et j'y retourne demain pour me revigorer de très bonne simplicité.

L'Orillon Bar

35 rue de L'Orillon

Ouvert tous les jours sauf le dimanche, de 08h à 02h (samedi 18h)

41 vues