Marc Fedotoff, IMP et réflexes archaïques

 

Marc, tu es accompagnant IMP, peux-tu nous expliquer ce qui se cache derrière ces 3 lettres ?…

IMP, Intégration Motrice Primordiale…et les réflexes archaïques. C'est-à-dire qu’on s’occupe de cette partie de la vie juste après la naissance où on passe de gestes entièrement automatiques et non volontaires, à des gestes acquis et volontaires. En quelque sorte, ces réflexes archaïques qui fonctionnent tous seuls vont être rangés dans des « petits tiroirs » bien à leur place pour qu’ils soient discrets voire carrément muets et que tous nos gestes soient complètements volontaires et décidés par nous-mêmes. Mais si ces réflexes archaïques ne sont pas bien rangés, on dit « intégrés », ils viennent paralyser toute notre gestuelle et ça a des répercussions sur la sphère motrice, sur tout le mouvement, sur toute la posture, ainsi que sur la sphère cognitive, en effet, il n’est pas facile d’apprendre quand on est parasité dans notre corps, dans nos gestes. Par voie de conséquence, on va également avoir des difficultés dans la sphère relationnelle et affective puisqu’on ne va pas bien se sentir dans son corps. Donc ça a un impact assez énorme sur le comportement et sur la vie des gens en général. Si cette intégration n’est pas faite correctement avant 2 ans, ça va nous suivre toute notre vie. La bonne nouvelle c’est que ça peut se réintégrer à tout moment de la vie jusqu’à assez tard, j’ai travaillé avec des gens jusqu’à 75 ans, et ça marche.

 

Alors, justement, ça marche comment ?

En fait, c’est presque déroutant de simplicité. On a les câblages intérieurs au niveau du système nerveux, les neurones, qui sont en place, simplement ça ne fonctionne pas, comme si les circuits n’étaient pas efficaces. En fait, il y a juste à dire au système nerveux « ce n’est pas ce chemin là, ce chemin archaïque qu’il faut garder, il faut aller emprunter un chemin de réflexes acquis, appris » et il suffit de lui montrer comment il faut faire et puisque le système est prévu pour ça, il s’y met tout de suite.

 

Ça commence par le travail en salle qui consiste à dire au système nerveux de laisser tomber le système archaïque pour travailler dans le système acquis. Ensuite, la personne qui est venue faire une séance doit travailler chez elle pendant au moins 4 semaines sur la consolidation de ces nouveaux chemins. Pour imager : au lieu de prendre les petits chemins de campagne qui sont les réflexes archaïques, on prend les grandes autoroutes de ce qui est prévu en acquis et là, la tendance du système est de dire « moi je connais bien les petites routes de campagne, ça consomme plus d’essence, plus de pneus, il y a plus d’imprévus mais je connais donc je vais y revenir ». Et la consolidation sert à dire « non tu restes sur l’autoroute de ce qui est plus facile, plus efficace et qui consomme le moins d’énergie possible. »

 

Est-ce qu’on peut dire que c’est une forme de reprogrammation ?

Je ne crois pas. Déjà on n’est pas des ordinateurs, on fait souvent des parallèles avec la machine et l’être humain, il y a tout un tas de facteurs dans l’être vivant qui fait qu’on ne peut pas le comparer à la machine. Je ne parlerais pas de reprogrammation, parce que tout ce que je fais moi n’est pas de reprogrammer un système mais de dire, « attention ! Le programme est là, mais tu ne t’en sers pas » et c’est ça qui est déconcertant de simplicité. Donc je dis « ne passe plus par cet ancien programme archaïque, sers toi du programme que tu connais, le programme de l’acquis ».

C’est ce que j’aide à créer, puisque je suis accompagnant, je précise que je ne suis pas thérapeute du tout, je ne soigne rien. Notre système nerveux est composé de neurones et un neurone va transmettre des informations (à la naissance c’est de l’ordre de 6-8 mètres seconde, parce qu’il n’y a pas la myéline qui sert d’isolant et quand cette myéline est installée on passe de 6-8 m seconde à 40-50 m seconde ), le travail du geste acquis c’est un apprentissage qui va permettre entre autre une meilleure myélinisation des neurones et donc d’augmenter la vitesse de circulation des informations. Donc il y a effectivement une création mais ce n’est pas moi qui crée c’est le corps qui se décide à dire « bon ok j’utilise ce circuit donc je mets le bitume sur la route, les panneaux, les rambardes… » et là on peut l’emprunter et aller vite.

 

Qu’est-ce qui dans ton parcours, t’as mené jusque là ?

Je viens du ferroviaire, et il n’y a rien qui me prédestinait à ça. Et puis, avec Christine, mon épouse nous avons découvert et fait une démarche en Biodanza. J’ai fait la formation « Biodanza et les enfants », à l’époque, je faisais danser des enfants de 5-6 ans qui on attiré mon attention parce que je les voyais bouger d’une façon qui m’interpellait, certains n’arrivaient pas à synchroniser leurs gestes, quand ils marchaient ils ne bougeaient pas leurs bras quand ils tournaient la tête tout le corps déviait. Je n’arrivais pas avec la Biodanza à les aider et à améliorer ça.

C’est par hasard que je suis tombé sur l’IMP, une collègue de Biodanza s’occupait d’enfants en IMP, elle était orthophoniste et elle me disait que la Biodanza ne lui permettait pas de faire avancer les enfants en orthophonie par contre avec l’IMP elle avait des progrès très rapide.

Et c’est là que j’ai commencé à m’y intéresser et je me suis lancé.

 

L’IMP s’adresse aussi bien à des enfants qu’à des adultes, qu’est-ce qui motive une demande de consultation ?

Les gens viennent me voir parce que leur enfant a des problèmes et moi je ne travaille pas sur des problèmes, je travaille sur des solutions.

Mon boulot c’est d’améliorer des compétences, c’est de permettre de développer des aptitudes. Cela va permettre d’effacer ou de passer par un autre chemin que par le problème.

Les gens viennent me voir parce qu’ils sont allés voir l’orthophoniste, le psychologue, le kiné, l’ostéopathe, …Ces gens là on fait un travail formidable sauf qu’à un moment donné ils plafonnent dans leur technique parce qu’il y a autre chose. Ils sont en train d’essayer d’apprendre à un enfant à faire quelque chose qu’il ne peut pas faire. Il ne peut pas le faire parce que le réflexe archaïque parasite trop le corps. Et donc leurs techniques de professionnels plafonnent à ce moment là et ils ne savent plus quoi faire alors parfois certains connaissent l’IMP et dirigent les personnes vers moi, parfois se sont les parents qui cherchent.

Moi je travaille sur la base de la base qui est l’alphabet du mouvement, c’est ça l’IMP, je travaille sur ce qui est avant le mouvement. Ces professionnels travaillent sur le mouvement. Si on travaille sur le mouvement mais qu’avant le mouvement le réflexe archaïque n’est pas réglé alors le mouvement ne peut pas se faire et donc c’est comme une double peine pour l’enfant. Je lève donc ce qui bloque, je rétablis l’alphabet du mouvement et après ils peuvent reprendre leur boulot. Nos métiers sont complémentaires sans que ça ne remplace l’un ou l’autre. Moi, je restaure les fondations et eux après peuvent bâtir dessus.

 

Tu pratiques la Biodanza avec Christine, ton épouse, à quel moment de ta vie à commencer cette histoire et qu’est-ce que cette discipline t’apporte ?

Ça m’apporte énormément ! Ça a commencé parce qu’avec Christine on prenait des cours de danse de salon. Dans ma famille on ne dansait jamais, donc j’avais deux pieds gauches et pour danser deux pieds gauches, ce n’est pas pratique ! Quand, dans une réunion de famille je sentais que les gens commençaient à pousser les tables pour dégager un espace pour danser, j’avais les tripes qui se nouaient, c’était l’angoisse, l’inquiétude. J’avais envie, mais mon corps était vraiment bloqué dans une sorte de cage, mes bras étaient complètement serrés là dedans et je savais que je n’allais pas y arriver, en plus, j’avais un petit souci de rythme, je n’étais pas arythmique mais quand j’arrivais à danser un peu, j’étais à contretemps très souvent.

Et un jour, pendant un cours de salsa, notre prof de danse qui était elle-même dans ses débuts de prof de Biodanza , me dit : « tu sais Marc pour tes problèmes de rythme ça serait bien que tu fasses de la Biodanza», « Ouais c’est quoi la Biodanza ? » « Ben écoute je ne peux pas trop t’expliquer, il faudrait que tu viennes essayer ». Alors j’y suis allé, ça a été pour moi comme une séance de récréation. Quand j’y allais je ne voyais pas bien le rapport avec mes problèmes de rythme, mais je m’amusais bien, j’étais détendu, c’était la liberté totale, on faisait comme on avait envie, comme on le sentait, comme on pouvait, plus de pas à compter, plus de chorégraphie à apprendre, rien.

 

La Biodanza c’est la liberté, le confort, la tranquillité, génial ! Et petit à petit, j’ai commencé à changer au niveau de la perception des choses, cet espace de liberté m’a tellement tranquillisé que d’un seul coup les choses importantes n’étaient plus les mêmes, ça a changé plein de petits paradigmes comme ça, et puis au bout de 3 mois, Christine me dit « qu’est-ce qui se passe, tu n’es plus le même tu changes ». Moi, je ne ressentais absolument rien. Et il y a un de nos gamins qui nous dit « ne cherchez pas c’est depuis qu’il fait de la Biodanza » et du coup Christine qui n’en faisait pas encore est venue essayer. Ça lui a plu elle s’y est mise aussi et après on a carrément fait une école pour dispenser des séances tellement ça nous a emballés. Moi, ça m’a changé la vie, ça permet de s’assumer pleinement tel qu’on est avec ses défauts et ses qualités. Accepter ses défauts et reconnaitre ses qualités, c’est primordial et ce n’est pas de la fausse modestie et ce n’est pas de l’orgueil de dire « oui je suis capable de faire ça, je vaux ça, je suis courageux mais en même temps j’ai mes démons intérieurs, mes peurs, mes côtés noirs » Donc ça me permet plein de choses de cet ordre là et aujourd'hui de donner des séances de Biodanza ça me permet d’avoir l’impression d’être utile, parce que ce chemin que j’ai parcouru je le vois chez les gens qui viennent danser chez nous , les voir s’épanouir, devenir eux. Nietzsche a dit « on apprend à devenir ce qu’on est » c’est vraiment ça, on a des potentiels à l’intérieur de nous et par le fait de notre culture, de notre société, de nos peurs, de nos cicatrices de vie, de notre éducation, on n’est pas vraiment nous ; parce qu’il faut faire comme si, il faut pas faire comme ça, t’as pas le droit de ci mais t’as le droit de ça , là il faut, là il faut pas donc on n’est pas nous.

On peut très bien être nous-mêmes dans une société où on respecte les autres, les règles, mais quand on n’est pas contraint on l’accepte et ça change tout. Je vois ces gens se transformer comme moi je me suis transformé aussi et comme je continue à le faire et c’est un vrai bonheur, donc il n’y pas de raison que je m’arrête et puis entre la Biodanza et l’IMP j’ai l’impression d’être un facilitateur accompagnant et je m’éclate, ces deux disciplines travaille sur l’humain, et à partir de là on retrouve les mêmes fondements et c’est rassurant.

 

Comment te fais-tu connaître ?

Je fais des salons et le bouche à oreille fonctionne bien. Quand des gens se connaissent et qu’ils voient chez l’autre que leur enfant a changé de comportement, ils posent des questions et l’autre dit « on a fait de l’IMP et ça marche pas mal. » Ils voient les enfants qui changent et en se renseignant ils apprennent que c’est l’IMP possiblement qui l’a aidé. Je dis possiblement parce qu’on n’a jamais de certitudes, peut-être que ça se serait arrangé tout seul, mais ce que je constate c’est qu’à partir du moment où les gamins viennent me voir, l’écriture s’améliore, il y a des progrès en maths, en musique, dans la façon de conduire leur vélo pour les plus jeunes, il y a des coïncidences qui me font penser que l’IMP n’y est pas pour rien.

Je travaille avec des ostéopathes, des kinés, des podologues. Les podologues donnent des semelles pour restaurer la posture mais si le problème vient d’un réflexe archaïque, ou peut-être deux, ou trois qui parasitent le corps, la semelle orthopédique ne sert à rien, on vient contrarier le corps un peu plus. Une fois qu’on a rétabli le ou les réflexes archaïques qui gênaient, il peut commencer à bosser et estimer si oui ou non il faut vraiment mettre une semelle, si on travaille sur le pied alors que c’est un réflexe de Babinski qui donne une mauvaise position au pied on peut mettre les semelles qu’on veut ca ne règlera pas le problème.

 

Vous rencontrerez Marc Fedotoff lors du Salon Bien-être et Art de vivre des 16 et 17 mars prochains à Pasly. Vous en apprendrez plus sur l'IMP et les réflexes arcahaïques lors de sa conférence le dimanche 17 à 13h30.

 

Pour le contacter : https://imp-picardie.jimdo.com

 

Propos recueillis par Stéphanie Brimont Thirriard