• Amandine Gauthier

Assumer son profil atypique

Updated: 9 sept 2019

Si certains ont toujours su qu'ils seraient médecins, pilotes ou footballeur, d'autres ont besoin d'explorer. Qu'il s'agisse de détours volontaires ou d'une quête de sens, chaque parcours unique en vaut le détour. Retour sur la fierté (et les défis) des CV pas comme les autres.




2010. Je suis alors directrice générale d'un centre d'artistes. Nous sommes en recrutement pour un poste aux communications et la pile de CV monte tranquillement. À mesure que la date limite de candidature se rapproche, je constate que les profils sont relativement similaires. Jeunes pousses issus de l'université, profil communication marketing. Ou artistes reconvertis. Deux types de parcours pertinents au regard des moyens de l'organisation et des différents objectifs de celle-ci, mais rien qui ne sortait du lot. Jusqu'au moment où un CV totalement atypique attire mon oeil. M., ex étudiant en design graphique, ayant travaillé en pour les forces armées canadiennes en zone de conflit, de retour au pays et ayant autant envie (besoin) de donner du sens que de se rapprocher du milieu artistique.


Certains y auraient vu une trajectoire nébuleuse et une antinomie avec le milieu artistique. J'y ai vu de l'audace, de la détermination, du courage et une curiosité très particulière.

Je souhaitais renouveler l'image du centre et provoquer des changements. Nous avions besoin d'un peu d'air frais et nous avions, surtout, besoin de faire les choses autrement. Sortir de la routine "communiqué / infolettre / site web", dépasser le convenu pour repousser les limites. Il était sans doute l'électro-choc qu'il nous fallait. Sa candidature nous a amenés ailleurs et son embauche fut un coup de poker. Mon intuition me disait pourtant que c'était la chose à faire.


Se nourrir de la différence


Pendant notre collaboration, j'ai énormément appris de lui. De part son expérience de vie, mais aussi de part son regard précis et son approche si singulière. Nous avons profité de sa présence pour amener l'image de l'organisation ailleurs, pour re-questionner nos manière de faire et pour envisager les choses autrement. Il nous a transmis son goût d'explorer et nous lui avons offert, je l'espère, une structure, une ambiance et un environnement qui le satisfaisaient. Il a mis sa couleur à nos communications et a réinventé le champs des possibles, avec nous. Nul doute que d'autres candidats auraient fait l'affaire. Mais il était celui dont nous avions besoin à ce moment-là, aussi peu conventionnelle soit son expérience.


Dans les années qui suivirent j'ai eu à faire de nombreux recrutements. Ils furent le fruit de recherches et d'analyses bien sûr, mais aussi et surtout le résultat de mon intuition. Trouver celui ou celle qui nous permettra de nous dépasser, qui proposera un regard différent, qui amènera dans ses bagages ses expériences diversifiées. Celui ou celle qui nous amènera ailleurs. Ce sont parfois des gens qui sont repartis plus tôt qu'on ne l'auraient voulu parce qu'ils avaient besoin d'explorer, encore. D'autres fois, ce sont des gens avec qui il y a eu des défis d'adaptation ou une résistance au changement de la part du reste de l'équipe. La plupart du temps ce furent des rencontres inspirantes et motivantes.


Et jamais je ne l'ai regretté. Au point de réaliser que mon propre parcours brille sans doute par son unicité, et que c'est, je l'espère, ce qui fait que vous êtes entrain de lire ces lignes aujourd'hui.